Face à la précarité, réinventer le logement social  ?

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Face à la précarité, réinventer le logement social  ?

La responsabilité d’un bailleur social, c’est aussi de savoir s’adapter à l’évolution de la société. C’est tout l’enjeu du colloque, organisé le 9 juin dernier par Logement Francilien et Coopération et Famille, pour questionner le rôle des bailleurs dans un contexte de précarisation des ménages. 

Face à la précarité, réinventer le logement socialEn 30 ans, le revenu moyen des locataires a baissé de plus de 20 %. Près d’un tiers vivent seuls, avec ou sans enfant, et environ 20 % ont du mal à payer leur loyer. Cette évolution notable appelle une transformation des métiers, des modes de fonctionnement et même des stratégies des bailleurs sociaux. Preuve que ces sujets mobilisent les acteurs de l’habitat et du travail social : 150 personnes ont participé à la journée d’échanges du 9 juin. 

Adapter les métiers et renforcer les partenariats
Les bailleurs sociaux, aux prises avec une vulnérabilité croissante des ménages qu’ils accueillent, adaptent en permanence leurs métiers. À la fois, comme l’explique Didier Vanoni, sociologue, « en mettant du contenu social dans les métiers de base », mais aussi via « des métiers nouveaux qui rentrent dans la gamme des prestations offertes par les bailleurs ». Les enjeux du bien loger et de la pérennité financière des organismes HLM, via le recouvrement des loyers, animent ces adaptations des métiers. Pour être plus réactifs et mieux armés en termes d’accompagnement, les bailleurs innovent également dans leurs modes de fonctionnement. Sur le terrain, ils interviennent en complémentarité des travailleurs sociaux de secteur et des intervenants spécialisés dans des problématiques telles que la santé mentale. 

Revoir les stratégies de production et de financement
Savoir s’adapter aux évolutions de ses résidents, c’est aussi, pour un bailleur social, leur proposer des produits adaptés à leurs besoins et à leurs attentes, en termes de qualité et de coût. Si des pistes telles que le logement « low cost » font débat, l’idée que le bailleur social est le mieux à même de répondre aux besoins de sa clientèle, puisqu’il la connaît finement, fait davantage consensus. En termes de stratégie de construction, Nelly Lordemus, directrice générale d’Emmaüs Habitat, encourage ainsi les réalisations en propre, ou dans le cadre de VEFA exigeantes, « pour mieux loger, veiller à la maîtrise des coûts et des charges ». Éric Madelrieux, président du directoire de Coopération et Famille, a proposé quant à lui de moduler le montant des loyers selon les revenus, de sorte qu’ils soient plus justes et plus soutenables. 

colloqueIntégrer la nouvelle donne territoriale
C’est à l’échelle des intercommunalités et des métropoles que se décident désormais les politiques de l’habitat : c’est donc à cette échelle que les bailleurs sociaux ont la responsabilité de faire valoir les intérêts et d’exprimer les besoins de toutes les populations qu’ils accueillent, et particulièrement les ménages les plus fragiles, pour qu’ils ne soient pas oubliés dans les stratégies territoriales.

Tous s’accordent sur un point : bailleurs, élus et partenaires doivent travailler en étroite collaboration pour faire évoluer le logement social en phase avec la société, en capitalisant les expérimentations, en étant à l’écoute des locataires et des entrants, en veillant à adapter, en permanence, les métiers et les organisations aux réalités sociales et territoriales. 

Des intervenants de choix étaient conviés à faire partager leur analyse de la conjoncture et de ses impacts sur le logement social. Parmi eux, le sociologue François Dubet a ainsi retracé l’histoire de l’occupation du logement social pour en tirer des enseignements en termes de représentations : « Le point qui a fait complètement changer d’image le logement social, c’est le thème qui nous concerne aujourd’hui, celui de la vulnérabilité. » Julien Leplaideur, responsable du Pôle Innovation Sociale à l’AORIF, a concentré son analyse sur le logement social en Île-de-France, rappelant les tensions de ce marché particulier et faisant le lien avec les politiques et les métiers. La question des métiers a par ailleurs largement animé les échanges et les débats, avec notamment les interventions de Didier Vanoni (FORS – Recherche sociale) et de Marianne Auffret (association Aurore), tandis que Jean-Claude Driant (Institut d’Urbanisme de Paris), Hervé Leroy (DRIHL) et Isabelle Rougier (IGAS) évoquaient plus précisément les stratégies et les politiques de construction de logements sociaux adaptés aux publics précarisés.